Exposition
Conséquences intergénérationnelles
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Amorce du dialogue
Notes de Jeff Thomas - Iroquois (Onondaga), conservateur
Les photographies de cette exposition se limitent aux collections d'archives trouvées au gouvernement, et aux archives des provinces et des églises. Par conséquent, la représentation des pensionnats indiens dans l'ensemble du Canada est limitée et, en un certain sens, traduit les contraintes des photographes et la vision restrictive qu'avaient les parents des pensionnats. Ce que nous voyons, c'est ce que le gouvernement et les églises voulaient qu'on voie. La plupart du temps, les photographies étaient prises par des photographes qui travaillaient pour le gouvernement canadien et les églises en charge des pensionnats. Lorsque nous regardons les images disponibles, nous ne pouvons que déduire à posteriori les abus systématiques que tant d'enfants ont dû subir pendant leur séjour dans les pensionnats. Nous espérons que ces photographies seront un point de départ pour amorcer le dialogue entre les anciens étudiants et leurs familles, et qu'elles combleront les espaces vides que la présente exposition ne peut combler.
Lorsque j'exécute des visites guidées de l'exposition, je dis souvent que les problèmes sociaux des Autochtones dont on parle dans les nouvelles aujourd'hui proviennent de l'expérience que les gens ont subie dans les pensionnats indiens. Même si les enfants qui reniflent de la colle et les adultes qui sont en prison n'ont pas séjourné dans ces écoles, les répercussions négatives de cette ingénierie sociale ont été transmises d'une génération à l'autre. Non seulement les cicatrices sont transmises, mais aussi l'incapacité de discerner ce qui les affecte de manière si négative, une sorte de tueur silencieux. Les jeunes Autochtones ont commencé à poser des questions et veulent savoir ce qui est arrivé à leurs parents et à leurs grand-parents; on voit donc apparaître un changement dans ce modèle d'auto-violence. Mais comment arrive-t-on à faire parler les parents?
Dans la seconde partie de l'exposition, on passe de la présentation de photos d'archives des institutions à des photos de famille des personnes. C'est la base de la vitrine d'exposition comprenant des photos en couleur de la famille que j'ai interviewée à Saskatoon. Mon intention première était d'inclure mon interview de cette famille dans l'exposition, mais à cause de contraintes de temps et des besoins en traduction, je n'ai pas pu le faire. Mais dans un projet sur le Web, on peut préciser comment on peut amorcer la guérison simplement en demandant à un parent ou à un grand-parent s'il a des photos de lui-même pendant qu'il était au pensionnat.
Cette démarche nous amène à mettre l'accent sur les répercussions intergénérationnelles et sur la manière d'amorcer un dialogue avec des parents et des grands-parents qui hésitent à parler.
Je me suis rendu à Saskatoon et j'ai demandé à une amie si elle connaissait d'anciens étudiants qui accepteraient de parler de leur expérience dans les pensionnats indiens. Elle m'a répondu que sa grand-mère et sa mère avaient fréquenté un de ces pensionnats mais qu'elles n'en avaient jamais parlé. Elle a accepté de leur demander de livrer leur expérience. Au moment où je suis arrivé à Saskatoon, sa grand-mère avait déjà accepté de me parler. Elle vivait sur la réserve de Gordens; nous nous sommes rendus à sa résidence, et dès que nous nous sommes assis dans la cuisine, je lui ai d'abord demandé si elle avait des photographies d'elle au moment où elle habitait au pensionnat. Elle a dit qu'elle devait chercher dans ses photos. Elle est revenue avec quatre albums de photographies et, pendant qu'elle cherchait une photo, j'ai écouté l'histoire de sa famille. Elle a enfin trouvé quatre photographies, et une des révélations qu'elle a faite est le fait que les enfants ne pouvaient pas se parler ou se toucher pendant qu'ils étaient au pensionnat. Pour contourner cette restriction sans être punis, les enfants prétendaient qu'ils enlevaient des poux dans les cheveux des autres.
Malgré le fait que la grand-mère n'a pas révélé ce qu'on pourrait considérer comme étant des mauvais traitements, son allusion très subtile à propos des poux a créé chez moi une image très forte. En dernier ressort, la guérison peut inclure des aspects aussi subtils que le simple fait de toucher quelqu'un, et je crois qu'une telle chose est arrivée ce jour là.
Pour guérir, il faut pouvoir visualiser ce qui s'est passé. Il faut connaître l'ennemi à combattre. Dans les pensionnats, certains élèves se battaient, car ils pouvaient identifier leur ennemi. Il faut comprendre la manière dont ça s'est passé. Par contre, dans le monde d'aujourd'hui, il y a des générations de personnes qui ne peuvent pas se battre parce qu'ils ne peuvent pas identifier l'ennemi que leurs parents et leurs grands-parents connaissaient.