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Chapitre 5 – Rétablissement et guérison

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La voie de la guérison
Depuis l’ouverture du premier pensionnat au début des années 1830 jusqu’à la fermeture du dernier en 1998, des milliers d’enfants autochtones, inuits et métis ont été forcés de fréquenter, dans une tentative d’assimilation à la culture dominante, des pensionnats administrés par les Églises. Dans ces écoles, on leur arraché la langue qu’ils parlaient, leur culture et leur identité personnelle. Ces enfants ont souffert de violences psychologiques, physiques, émotionnelles et spirituelles qui ont dépassé à ce point les suppositions qu’elles sont presque inimaginables.

Aujourd'hui, les récits des survivants et survivantes des pensionnats apparaissent de plus en plus au grand jour et tous les Canadiens et Canadiennes doivent connaître les sévices qu’ont subis les peuples autochtones sous le joug d’un régime inefficace et corrompu. Les répercussions dévastatrices et à long terme de ces sévices doivent être admises publiquement pour que tous – victimes, agresseurs, témoins et tous les citoyens et citoyennes – comprennent la relation de cause à effet qui existe entre les sévices vécus dans les écoles et les défis qu’ont à relever les survivants et survivantes.

Les enfants morts de malnutrition et ou de maladie, ceux qui sont décédés peu de temps après leur sortie du pensionnat où leur santé s’était dégradée, ces survivants et survivantes qui ont tenté d’oublier les sévices qu’on leur a fait subir et ceux et celles qui ont tenté de nier leur identité en raison de la honte ou de la haine; toutes ces personnes ont besoin que l’on reconnaisse que leurs souffrances et leur douleur étaient réelles. Ces personnes méritent la restitution et la guérison, selon leurs propres conditions. En plus, tous les Canadiens et Canadiennes doivent connaître cette époque de l’histoire de leur pays où des personnes ont été victimes de violence tout simplement parce qu’elles étaient différentes.

Depuis les années 1980, des personnes et des organismes autochtones ont commencé à documenter la nécessité de la guérison pour les survivants et survivantes du régime des pensionnats. On sait qu’une seule méthode ne sera pas suffisante pour permettre à ces personnes de se rétablir. Aussi, on a relevé diverses pratiques de guérison prometteuses pouvant être efficaces non seulement en ce qui concerne le traumatisme des pensionnats lui-même, mais aussi les traumatismes qu’ont subis les Autochtones avant et depuis les pensionnats.

Le besoin de guérison ne s’arrête pas aux survivants et survivantes des pensionnats. Les conséquences du traumatisme intergénérationnel sont réelles et omniprésentes, et on doit également les aborder si on veut que tous les Autochtones se libèrent des outrages et de l’assimilation forcée.

Depuis 1980, les années de silence sur les violences dont souffrirent les enfants au pensionnat ont pris fin. Les survivants et survivantes n’ont plus peur de raconter leur vécu et le monde entier peut enfin entendre la vérité sur la façon dont ces enfants ont été traités. Les sévices psychologiques, physiques et sexuels se sont révélés être endémiques dans les pensionnats, et ces traumatismes se sont répandus dans les collectivités et les familles des victimes.

La divulgation des violences a cependant dépassé le cadre des récits : les survivants et survivantes ont commencé à mettre leurs efforts en commun et former des groupes des groupes de soutien et des cercles de guérison. Les agresseurs ont paru devant les tribunaux et ont été jugés coupables des atrocités commises dans les pensionnats. Ces événements ont créé une réaction en chaîne d’un bout à l’autre du pays. Les Églises responsables de l’administration des pensionnats se sont excusées auprès des survivants et ont demandé que le gouvernement prenne des mesures fermes afin de [TRADUCTION] « régler l’héritage des pensionnats de façon plus énergétique ». 85

Des organismes comme la Fondation autochtone de guérison ont été créés afin d’organiser et de soutenir la guérison des survivants et des survivantes. Aujourd'hui, des initiatives de guérison [TRADUCTION] « voient le jour dans toutes les régions du pays, dans les villes et les villages, dans les réserves et dans les collectivités éloignées et isolées». 86

Reconquérir la culture
La perte de la langue et de la culture est parmi les répercussions les plus profondes du régime des pensionnats. L’obligation de ne parler qu’anglais (ou anglais et français au Québec) au pensionnat ainsi que l’interdiction des rituels autochtones ont créé un fossé profond entre les enfants et la rétention du savoir culturel. Des caractéristiques culturelles sont sans doute perdues à tout jamais parce ceux qui en étaient les dépositaires n’avaient personne à qui les transmettre pendant les années turbulentes du régime des pensionnats.

Cependant, le moment est maintenant venu pour les survivants et survivants des violences et de l’éducation faussée qu’ils ont subies dans pensionnats de prendre la parole et au reste du monde, de les écouter. Partout au pays, la culture, les traditions et les langues autochtones sont en pleine recrudescence, jaillissant du puits noir des années de l’assimilation ratée. Des activités [TRADUCTION] « qui visent à renouveler et à faire revivre les cultures autochtones contribuent à la guérison sur les plans individuel et communautaire ». 87

Principale source de savoir culturel, les Aînés partagent leurs souvenirs des rituels et des danses qui n’ont jamais véritablement disparu, mais qui étaient demeurés cachés pendant un temps. La tradition orale des contes connaît un regain de popularité tant chez Autochtones que chez les non-Autochtones. De cette façon, les jeunes peuvent découvrir leur passé, les façons de faire d’autrefois et les liens qui unissent les gens et le monde dans lequel ils habitent.

L’importance de ces connexions est capitale aux visions autochtones du monde, et on se sert de ces liens dans le cadre des approches holistiques de guérison ayant lieu partout au pays. Selon un rapport de la Fondation autochtone de guérison, [TRADUCTION] « les jeunes s’intéressent finalement à connaître leur culture. Les Aînés ont un auditoire et, ce qui est encore plus important, ils jouent un rôle vital dans notre collectivité ». 88

Au cours des dernières décennies, on a fait revivre les cercles de partage, les cercles de guérison, les danses du Soleil, les potlatchs, les pow-wow et beaucoup d’autres cérémonies et rituels, proposant ainsi une multitude de modèles positifs.  Ces outils servent non seulement à des fins de guérison, mais permettent aussi aux individus de renouer avec leurs racines culturelles. Retrouver ses racines culturelles leur permet de s’ancrer dans leur identité, de se responsabiliser. Ceux qui ont un sens aigu de leur culture ont un sens concomitant de qui ils sont. Quand ils retrouvent leur culture, les survivants et les survivantes recouvrent un sentiment d’identité et acquièrent la force de leurs croyances. Beaucoup éprouvent pour la première fois de leur vie le sentiment d’être complets.

Convention de règlement relative aux pensionnats indiens
Bien que le processus de guérison des survivants des pensionnats ait fait de grands pas, on doit se souvenir qu’un tel rétablissement ne constitue pas la seule démarche qui a été entamée. Les indemnités pour les souffrances subies sont aussi une composante du dédommagement entrepris en faveur des survivants et des survivantes et de leurs familles.

Le gouvernement du Canada a créé la Fondation autochtone de guérison et le Paiement d'expérience commune (PEC), aux termes de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, afin d’entamer le processus permettant d’aborder l’héritage destructeur et plus que centenaire du régime des pensionnats autochtones dont les séquelles comprennent la violence latérale, le suicide, la pauvreté, l’alcoolisme, l’absence des compétences parentales, l’affaiblissement ou la destruction des cultures et langues, et l’incapacité de fonder et de maintenir des familles et des collectivités saines. 89

Le Paiement d'expérience commune offre une indemnité directe à tous les anciens élèves des pensionnats autochtones. Essentiellement, ses motifs sont d’éviter des décennies de confrontation juridique et d’offrir un règlement à l’amiable symbolique et opportun. Cependant, cette indemnité n’équivaut en rien à la douleur et aux souffrances des victimes de la violence des pensionnats.

Afin d’aider les survivants et survivantes à comprendre l’accord de règlement et le paiement d'expérience commune, l’Assemblée des Premières Nations a créé en mai 2006 un document succinct (Annexe A) qui donne un aperçu de l’entente et du processus grâce auquel les indemnités seront versées. L’accord de principe établissait une approche globale qui comprenait : un paiement forfaitaire pour tous les survivants et survivantes; un processus plus efficace et efficient pour traiter les déclarations de violence sérieuse; une commission nationale d’« établissement de la vérité » afin de créer une meilleure compréhension et conscientisation sur cette question; des indemnités accélérées pour les personnes âgées; et enfin, la guérison et la commémoration. 90

Les excuses du gouvernement du Canada
En 2008, la plupart des confessions religieuses responsables de l’administration des pensionnats autochtones au Canada avaient présenté des excuses publiques pour le rôle qu’elles avaient joué dans la négligence, les mauvais traitements et la souffrance des enfants dont elles avaient la charge. La plupart de ces organisations se sont excusées par l’entremise des leur siège social, sauf pour l’Église catholique, qui a laissé les divers diocèses se charger de faire leurs excuses.

En juin 2008, le gouvernement fédéral du Canada a aussi présenté ses excuses pour le rôle historique qu'il avait joué dans le régime des pensionnats (Annexe B). En prononçant les mots « nous le regrettons », le premier ministre Stephen Harper reconnaissait le rôle du gouvernement canadien dans un processus de cent ans qui avait isolé les enfants autochtones de leurs foyers, de leurs familles et de leurs cultures.

Le premier ministre Harper a déclaré que les pensionnats représentaient un sombre chapitre dans l’histoire du Canada et que les politiques qui soutenaient et protégeaient ce système étaient néfastes et injustes.

Afin de rendre les excuses les plus publiques possible, le Parlement a interrompu ses débats et les galeries étaient remplies de survivants et de survivantes. De nombreuses autres personnes écoutaient à l’extérieur des Édifices du Parlement et partout au pays grâce à une diffusion télévisée en direct. Les chefs autochtones sont entrés dans la Chambre des communes en compagnie du premier ministre et se sont assis pour écouter son discours dans lequel il assumait, au nom du gouvernement fédéral, l’entière responsabilité de la perte culturelle et des sévices systématiques qui ont résulté des politiques sur les pensionnats.

Après que le premier ministre Harper s’est adressé à la Chambre, les chefs des autres partis politiques ont répondu, puis des chefs autochtones ont pris la parole. Le grand chef de l’Assemblée des Premières nations, Phil Fontaine (annexe C) a parlé de l'importante de l’égalité entre les groupes raciaux. [TRADUCTION] « De braves survivants et survivantes, en parlant de leur vécu, ont enlevé à la suprématie blanche sa légitimité », a déclaré le grand chef. « Jamais plus cette Chambre nous traitera de “problème indien” tout simplement parce que nous sommes qui nous sommes. Ce qui s'est passé ici aujourd'hui marque le début d’une nouvelle relation entre nous et le reste du Canada. … Nous faisons tous partie du même destin. Les liens qui nous unissent les uns aux autres sont plus forts que ceux qui nous séparent. Nous devrons toujours lutter, mais dorénavant, nous le ferons ensemble. » 91

Pour les milliers de survivants et de survivantes qui regardaient et écoutaient partout au Canada, les excuses du gouvernement étaient un événement historique, même si les réactions étaient mitigées. Les chefs autochtones qui ont entendu les excuses exprimées à la Chambre des Communes les ont qualifiées de [TRADUCTION] « pas en avant » 92 même si la douleur et les cicatrices sont toujours présentes. 93

La plupart sont d'avis qui reste encore beaucoup de travail à faire. [TRADUCTION] « "L’histoire au complet des répercussions des pensionnats sur notre peuple n’a pas encore été écrite" a prononcé le Grand chef Edward John du Sommet des Premières nations, un groupe parapluie des Premières nations de la Colombie-Britannique. » 94

À Winnipeg, l’Assemblée des chefs du Manitoba a été l’hôte d’une fête mettant en vedette des artistes qui étaient les enfants ou les petits-enfants d’anciens élèves des pensionnats. À l’extérieur d’Edmonton, au centre River Cree Resort, des gens se sont rassemblés pour écouter les excuses officielles lors d’une célébration qui comprenait un comédien autochtone, des chants et une danse du cerceau ainsi que des conseillers pour personnes en détresse.

Charlie Thompson, qui a subi de mauvais traitements au pensionnat, a écouté les excuses depuis la galerie de la Chambre des Communes et a déclaré qu’il était soulagé d’entendre le premier ministre reconnaître le terrible héritage des Autochtones. [TRADUCTION] « Aujourd’hui, je me sens soulagé. Je me sens bien. Pour moi, cette journée, c’est une journée historique. » 95