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Chapitre 4 – Répercussions
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Dans ses efforts pour imposer l’assimilation aux populations autochtones du Canada, le gouvernement fédéral a fait preuve d’une intransigeance extraordinaire pour effacer les points repères qui distinguent une culture des autres. Partout dans le pays, les tentatives systématiques de « tuer l’Indien au sein de l’enfant » ont eu comme résultat la perte permanente de langues, de cultures et d'identité.
En présentant leurs excuses aux personnes dont elles avaient la charge, les diverses confessions religieuses qui administraient les pensionnats ont souligné qu'en plus des blessures subies sur le plan individuel par les élèves, il y avait aussi « l’enjeu plus vaste des répercussions sur la culture… la perte de la langue à la suite de l’apprentissage forcé de l’anglais, la perte du mode traditionnel de vie sur le territoire, la perte des compétences parentales à la suite de l’absence de cinq ou six générations d’enfants dans les collectivités autochtones et le comportement appris du mépris de l’identité autochtone. » 68
Répercussions sur les langues
La répercussion la plus importante du régime des pensionnats sur les Autochtones a sans doute été la perte généralisée des langues à la suite des politiques d’assimilation et d’intégration. Il avait été décidé dès le départ qu’afin de civiliser les enfants fréquentant les pensionnats, qu’il fallait éradiquer de leur vision du monde toutes les choses de nature autochtone. Les administrateurs scolaires étaient conscients que la langue était le véhicule de la culture et « le fait que le Ministère et les Églises reconnaissent que la langue était la partie la plus importante du programme scolaire, prouve bien qu’ils avaient compris que l’obstacle le plus difficile à franchir pour civiliser les élèves consistait à se débarrasser de l’ontologie autochtone ». 69
Ne parler que la langue de la culture dominante aurait comme résultat l’assimilation désirée puisque les langues autochtones ne pouvaient exprimer les modes du monde civilisé. « Les langues autochtones ne pouvaient servir de véhicule à la civilisation pour ce qui est "d’inculquer les idées qui, étant entièrement en dehors de l’expérience et de l’entourage des élèves et de leurs parents n’y trouvaient aucune expression équivalente" ». 70
Les pensionnats n'ont pas eu les succès escomptés dans leurs efforts d’effacer les langues autochtones au Canada. Cependant, les statistiques démontrent que les politiques d’assimilation se sont traduites par des pertes importantes sur le plan langagier. [TRADUCTION] « Les Indiens (et les Inuits) sont différents des Canadiens anglais, des Canadiens français et des autres immigrants en ce qui concerne la langue. La population autochtone… n’est pas unie par une seule langue. Elle ne fait pas partie de l'un des groupes ethniques reconnus officiellement comme l'un des peuples fondateurs dont la langue a été reconnue comme l'une des deux langues officielles du Canada. Les langues autochtones n'ont donc pas les appuis institutionnels de l'anglais et du français. » 71
Pour de nombreux élèves, la crainte d'être punis pour avoir parlé leur langue autochtone les a suivis après qu'ils aient quitté le pensionnat. Parce que les élèves avaient été si sévèrement punis à l'école, ils avaient perdu l'intérêt de conserver leur langue une fois revenus dans leurs collectivités. Pour de nombreux autres élèves, même s'ils savaient encore parler leur langue maternelle, ils refusaient de l'enseigner à leurs propres enfants parce qu'ils avaient peur que leurs enfants soient punis à leur tour. Les pertes qui s'en suivirent sur le plan des diverses langues autochtones et du nombre de personnes sachant les parler sont considérables.
En 1996, Statistiques Canada dévoilait les renseignements suivants sur la rétention des langues autochtones :
- Au cours des quelque 100 dernières années, environ dix langues autochtones canadiennes, florissantes à une époque, ont disparu et au moins une douzaine sont aujourd'hui sur le point de disparaître.
- En 1996, seulement trois des quelque 50 langues autochtones – le cri, l'inuktitut et l'ojibway – étaient parlées par une population suffisamment grande pour être considérées comme véritablement à l'abri d'une menace d'extinction à long terme, ce qui n'a rien de surprenant dans la situation actuelle. En effet, des quelque 800 000 personnes qui ont déclaré être Autochtones en 1996, seulement 26 % ont indiqué que leur langue maternelle était une langue autochtone et une proportion encore plus faible a déclaré parler une langue autochtone à la maison.
- Les trois familles linguistiques les plus vastes représentent, réunies, 93 % de la population de langue maternelle autochtone. Les langues algonquines, qui incluent le cri et l'ojibway, sont la langue maternelle d'environ 147 000 personnes. L'inuktitut est pour sa part la langue maternelle de 28 000 personnes, et 20 000 personnes ont une langue athapascane comme langue maternelle. Les huit autres familles linguistiques ne représentent que 7 % de la population de langue maternelle autochtone, ce qui illustre bien leur taille relative.
- Comme un des facteurs indispensables à la viabilité à long terme d'une langue est l'existence d'un large bassin de personnes qui parlent cette langue, plus le nombre de personnes qui parlent une langue est élevé, meilleures sont ses chances de survie. De fait, l'inuktitut, le cri et l'ojibway sont toutes trois la langue maternelle de plus de 20 000 personnes.
- À l'opposé, les langues menacées sont rarement parlées par plus de quelques milliers de personnes et leur nombre se compte souvent même par centaines seulement. À titre d'exemple, seulement 120 et 145 personnes se disent respectivement de langue maternelle kutenai et tlingit – les deux groupes linguistiques les plus petits et les plus faibles.
- Il peut être difficile de contrer l'érosion d'une langue lorsque la personne ne peut compter sur l'appui d'une communauté étroitement liée et qu'elle est plongée dans la langue et la culture de la société dominante.
- Conscients de la gravité de la situation linguistique, les Aînés, les enseignants et les autres dirigeants autochtones prennent diverses mesures en vue de préserver les langues autochtones. Au nombre de ces mesures, mentionnons les programmes d'enseignement de la langue, la production d'émissions en langues autochtones dans les médias et l'enregistrement d'histoires, de chansons et de récits des aînés en langues autochtones. 72
Partout au pays, beaucoup d’écoles ont adopté l’enseignement des langues autochtones dans leur programme scolaire. Cette mesure a porté fruit en matière de rétention et de revitalisation linguistiques. Dans un rapport destiné au Flagstaff Centre for Excellence in Education, l’auteure Barbara Burnaby déclare :
[TRADUCTION] Deux études récemment effectuées donnent un aperçu général du nombre et des caractéristiques des programmes d'apprentissage de langues autochtones au Canada. L’étude la plus complète est une enquête générale sur l'éducation autochtone menée par l'Association canadienne d'éducation, qui s’est servie d’un petit échantillon de toutes les écoles des réserves et d’environ 500 écoles provinciales (Kirkness et Bowman, 1992). De façon générale, environ deux tiers ont dit enseigner une langue autochtone. Le pourcentage était plus élevé dans les écoles des réserves que dans les écoles provinciales, et dépendait en grande partie de la proportion d'élèves autochtones fréquentant l'école. Les écoles des réserves avaient tendance à commencer l'enseignement de la langue autochtone dés le niveau préscolaire et la tendance générale était de cesser de l'enseigner au plus tard à la huitième année. Seulement quatre pour cent des écoles avaient comme langue d'instruction une langue autochtone (surtout l'inuktitut dans les Territoires du Nord-Ouest). 73
En fin de compte, les chances de survie d’une langue autochtone dépendent surtout de si elle est parlée à la maison. Malheureusement, ce n’est pas le cas chez beaucoup d’Autochtones, en particulier ceux qui vivent hors des réserves. Ainsi, la possibilité que d’autres langues disparaissent de façon permanente est élevée et ne devrait surprendre personne.
Répercussions sur la culture
Dès 1884, le gouvernement en était arrivé à la conclusion que les populations autochtones avaient besoin d’être protégées contre elles-mêmes. Cette même année, on interdisait à plusieurs groupes de la côte Ouest de tenir leurs cérémonies traditionnelles, dont le potlatch et les danses tamanawas. Le potlatch est une combinaison de festins, de danses et de dons servant à commémorer des événements importants pour la collectivité. Les danses tamanawas avaient une signification spirituelle et initiatique qui allait à l’encontre des sensibilités chrétiennes des fonctionnaires. La punition pour prendre part à ces cérémonies pouvait être une peine de prison d’entre deux à six mois.
C’était la première fois que le gouvernement s’attaquait de façon précise à la culture autochtone. L'interdiction des cérémonies représentait une tentative directe de civilisation et d’assimilation. Le gouvernement ne comprenait ni le sens ni l’objectif des cérémonies – il en avait tout simplement peur. Celles-ci devaient alors être éliminées. Un fonctionnaire de la Colombie-Britannique disait des rituels qu’il s'agissait [TRADUCTION] : « d’une force maléfique qui s’étendait comme un vaste cauchemar sur tous les efforts philanthropiques, administratifs et missionnaires visant à améliorer le sort des Indiens ». 74
Cependant, alors que l'intention du gouvernement était de mettre fin une fois pour toutes à ces cérémonies, il n’allait réussir qu’à faire en sorte qu'elles soient tenues en secret. Des groupes ont donc continué à tenir des potlatchs et à exécuter des danses tamanawas; ils les tenaient seulement en des endroits et à des moments où les agents gouvernementaux ne pourraient les découvrir. Cependant, de nombreux agents du gouvernement ne s'opposaient pas tant que cela aux cérémonies traditionnelles. La majorité des préoccupations à cet égard provenaient plutôt des Églises, et ce, parce que ces cérémonies étaient en conflit direct avec les enseignements des missionnaires. En fait, « personne n’a été mis en prison pour avoir pris part à un potlatch jusqu’en 1920, pendant une période de mise en application intense des interdictions des pratiques culturelles traditionnelles en Colombie-Britannique et dans les prairies ». 75
En parlant des effets de l’interdiction des rituels traditionnels, Alfred Scow, juge de la cour provinciale de la Colombie-Britannique et membre de la Première nation Kwakiutl de l’île de Vancouver, a déclaré que cette interdiction a été particulièrement destructrice pour la culture autochtone. Il précise que l’une des conséquences de l’interdiction a été l’absence de transmission des récits et des valeurs par voie orale. Le juge Scow a souligné que l’interdiction a mis fin aux formes traditionnelles de gouvernement et de justice qui prévalaient avant la colonisation. Et ce qui est encore plus grave, ces modes traditionnels ont été remplacés par des bureaucraties lourdes et inefficaces qui constituent le système juridique canadien d’aujourd'hui. 76
Des modifications supplémentaires aux lois ont eu comme résultat d’interdire les rituels célébrés, cette fois, par les Indiens des plaines. En particulier, les danses comme celle du Soleil et celle de la Soif étaient carrément interdites. L'interdiction visait essentiellement le don d’objets personnels et les blessures auto-infligées qui faisaient partie de certaines cérémonies. La danse en soi n'était pas interdite. Ces interdictions supplémentaires avaient pour objectif d'éliminer l'aspect spirituel des cérémonies, les vidant de leur sens premier. Cependant, des agents des Indiens particulièrement zélés ne se sont pas arrêtés à l’interdiction du don d’objets personnels, ils ont aussi même tenté de supprimer les danses.
Des membres de la GRC hésitaient à appuyer les agents des Indiens dans leur tentative de mettre fin aux danses. Cela outrepassait les termes de la loi et devenait un problème ministériel et gouvernemental. Ils ont cependant procédé à certaines arrestations, notamment « l’une, en 1904, qui s’est traduite par une sentence de deux mois d’emprisonnement et de travaux forcés pour un homme presque aveugle de 90 ans qui s’appelait Taytapasahsung ». 77
Des arrestations comme celle-là noircissaient la réputation gouvernement. En 1914, lorsque les foires et les expositions agricoles ont commencé à devenir de plus en plus populaires partout dans l'ouest du pays, une nouvelle modification à la loi était adoptée pour empêcher les Autochtones d’y prendre part vêtus de leurs vêtements traditionnels sans la permission de l’agent des Indiens. Le nombre des arrestations a augmenté de façon importante et, en 1918, la poursuite judiciaire de personnes dansant à ces foires en portant leurs insignes était ajoutée aux responsabilités des agents des Indiens. On encourageait les Autochtones à trouver d’autres moyens de s’amuser qu’en « jouant du tambour et en dansant de façon insensée ». 78
En 1933, la loi était modifiée encore une fois pour éliminer la disposition relative aux vêtements traditionnels. Maintenant, toute personne qu’on surprenait à danser, qu’importe ce qu’elle portait, pouvait être mise en état d'arrestation. Le gouvernement tentait, par tous les moyens possibles, d’empêcher les Autochtones de danser.
Bien que toutes les interdictions contre les rituels traditionnels aient été enlevées de la Loi sur les Indiens, les séquelles de ces 75 années pendant lesquelles les danses étaient interdites persistent. « Les mœurs traditionnelles des Indiens ont été renversées et sont parfois disparus, ce qui a fait en sorte que beaucoup de collectivités indiennes sont prises entre ce qui reste de leurs façons de faire traditionnelles et la crainte d’intégrer de trop nombreux aspects des valeurs culturelles canadiennes à la vie dans les réserves. » 79
Répercussions sur l'identité
Les survivants et survivantes du régime des pensionnats ont perdu plus que leur langue et leur culture. La perte de leur identité est une conséquence courante, voire quasi universelle chez les anciens élèves. Comme le gouvernement et les Églises l’ont noté sans véritablement l’admettre, l’atmosphère de peur et de solitude ainsi que les mauvais traitements ont laissé chez les survivants des blessures qui ne peuvent guérir. Les élèves quittaient le pensionnat sans aucune éducation, sans compétences utiles pour le marché du travail, et ils étaient devenus étrangers à leur mode de vie historique.
Non seulement les anciens élèves ne pouvaient s’intégrer au « monde des Blancs » ni retrouver leur place dans leur collectivité d’origine, ils n’étaient pas vraiment les bienvenus dans l’un ni l’autre de ces milieux. Pire, les collectivités non autochtones ne voulaient pas voir d’Indiens travailler chez elles, c'est-à-dire occuper les emplois des non-Autochtones. De leur côté, les collectivités autochtones ne savaient que faire des élèves qui revenaient chez eux remplis de mépris envers eux-mêmes et de leur patrimoine. Même les agents des Indiens voyaient que les anciens élèves étaient « à cheval entre deux cultures, déviant des normes et de l’une et de l’autre ». 80
Cette perte d’identité s’est traduite par des mécanismes d’adaptation destructeurs dans une tentative de trouver un moyen de se faire une place quelque part, ou alors, d’évacuer, ne serait-ce que temporairement, le fait de ne pas en avoir nulle part. Pour cette raison, les formes de toxicomanie sont aujourd'hui le problème de santé le plus important pour les Autochtones canadiens vivant dans les réserves ou à l’extérieur de celles-ci. Cependant, il ne faut pas en conclure que tous les survivants des pensionnats ont succombé à l’attrait des drogues et de l’alcool. Pour beaucoup, un retour aux modes de vie traditionnels a été une bouée de sauvetage, et la résilience a joué un rôle de premier plan en les aidant à laisser derrière eux les séquelles des pensionnats et à retrouver leur identité.
Pour beaucoup de survivants et survivantes, les souvenirs de leur vie avant leur séjour au pensionnat leur ont assuré une fondation solide sur laquelle reconstruire et laisser derrière eux les mauvais jours passés à l’école. Le souvenir de modes de vie traditionnels et de la routine quotidienne – la chasse et la cueillette, les aliments et les rituels traditionnels, et même les vêtements et abris traditionnels – donnaient aux enfants la force d’affronter les années de solitude et de malnutrition. Le souvenir des parents, des grands-parents et des membres de leur famille élargie – de ceux ayant joué un rôle important au cours de leur enfance – a permis aux survivants et survivantes de développer une estime de soi, une indépendance et une compassion auxquelles s’accrocher. 81
Pour d'autres, la transition n’a pas été aussi facile. Beaucoup ont succombé aux cruelles rigueurs des pensionnats. Les hauts taux de maladie et de mortalité étaient dévastateurs pour ceux qui restaient et ont eu sur eux des répercussions à long terme. Beaucoup d’enfants, qui faisaient partie de la deuxième ou troisième génération d’enfants à avoir fréquenté le pensionnat, ne pouvaient compter sur un soutien parental adéquat avant même de commencer l’école. L’abus d’alcool et les violences faisaient déjà partie du quotidien de ces enfants, et ce, bien avant qu’ils fassent connaissance avec la brutalité entre les murs des pensionnats.
Pour ces survivants et survivantes, la poursuite des agressions de la maison au pensionnat ne pouvait faire autrement que de leur faire adopter pour eux-mêmes un style de vie violent. Le stress et la peur constante ont aussi été des raisons prédominantes de la perte de leur identité. Les enfants étaient retirés des foyers et familles avec lesquels ils étaient familiers pour être placés dans un milieu qui leur était complètement étranger et incompréhensible. Il leur était interdit d’interagir avec les autres élèves, y compris leurs propres frères et sœurs. Pour certains élèves, l’oppression de leur culture et de leur langue a été le facteur culminant de la perte totale de leur identité.
Beaucoup d’élèves qui avaient de la difficulté à endurer la vie au pensionnat et à y fonctionner on quand même trouvé des moyens compensatoires qui leur offraient une certaine protection. Grâce à ces stratégies de survie, les élèves étaient capables de fonctionner et de survivre au jour le jour. Cependant, dans certains cas, la solidarité qu’avaient établie les élèves ne pouvait être reproduite dans le monde hors des murs du pensionnat.
Pour certains, le détachement était le seul moyen de survivre. Et se détachant émotivement et mentalement ce qui leur arrivait, les enfants arrivaient à se protéger de la douleur. « C’est ainsi qu’un ancien élève du pensionnat indien de Kamloops rapporte avoir été fouetté si souvent que "vous finissez par devenir si endurci que vous empêchez la douleur de s’extérioriser; elle n’habite plus en vous. Vous avez été frappé, un point c’est tout" ». Le détachement se manifestait aussi en adoptant une attitude et un comportement de dur à cuire.
Une seconde méthode compensatoire était de réinterpréter les événements en leur donnant un sens positif afin de réduire les sentiments négatifs. Les vêtements et aliments de pauvre qualité faisaient l’objet de rationalisation dans le sens que les élèves interprétaient leur propre comportement comme celui d’un esprit fort, plutôt que d’une victime. Beaucoup de filles passaient la journée à imaginer qu’elles construisaient et décoraient des maisons élaborées qu’elles espéraient avoir un jour, quand elles sortiraient du pensionnat.
Pour des raisons pratiques, certains élèves établissaient des ententes avec le personnel dont ils étaient la charge. Grâce à cette coopération, les tâches de certains élèves étaient réduites ou allégées. Certains avaient même droit à des privilèges supplémentaires s’ils faisaient exactement ce qu’on leur disait de faire. Dans certains cas, ces ententes pouvaient être aussi simples que de faire preuve de respect envers un adulte de l’école; par contre, elles pouvaient aussi être beaucoup plus dommageables, comme lorsqu’un jeune garçon offrait des « faveurs sexuelles [comme moyen d’obtenir] protection, des bonbons (une rareté à l’école) et même de l’argent pour acheter de l’alcool ». 83
D’autres élèves réussissaient à maîtriser une partie de leur situation par des moyens de résistance dont la forme la plus commune était de voler de la nourriture. Obtenir de la nourriture supplémentaire était non seulement une nécessité, mais également un moyen grâce auquel les élèves établissaient une collaboration en vue d’un but commun, contre un ennemi commun. Ils développaient ainsi un sentiment de solidarité, et la nourriture volée était la plupart du temps partagée entre tous les élèves, qu’ils aient pris part au vol ou non.
Faire face aux fiers-à-bras (bullies) et protéger les élèves plus jeunes et plus faibles contre les punitions constituaient d’autres actes de résistance. Les élèves exprimaient leur résistance en masquant leurs véritables sentiments et par de petits actes de sabotage contre les adultes du personnel. Le moyen de résistance le plus difficile et le plus audacieux, c’était la fuite. Bien que les conséquences pouvaient être tragiques, ceux et celles qui tentaient de fuir étaient très respectés des autres élèves. Cette fuite mettait souvent en lumière les violences qui avaient lieu dans les écoles, et dans plusieurs cas, « le ministère des Affaires indiennes a été forcé de faire enquête après que des enfants eurent été blessés ou tués lors de leur fuite de l’école ». 84
L’héritage des pensionnats a fait de certains survivants et survivantes des personnes plus fortes, capables de faire face aux souvenirs des violences et de l’intolérance. Pour d’autres, moins chanceux, des stratégies d’adaptation malsaines les ont conduits à des actes désespérés de violence et d’autodestruction. On fait actuellement beaucoup d’efforts pour reconnaître et aider les survivants et survivantes des pensionnats afin qu’ils et elles retrouvent une vie paisible et ayant un sens, et ce, sans chercher à diminuer leur expérience, mais en faisant plutôt en sorte qu’ils et elles acceptent leur passé afin de pouvoir poursuivre leur cheminement vers une vie plus positive.