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Chapitre 3 – Résultats
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Bien que le nombre total des élèves ayant fréquenté les pensionnats représente moins de 10 % de la population autochtone canadienne, on doit savoir que ce ne sont pas seulement les élèves eux-mêmes qui ont eu à souffrir des séquelles de cette expérience scolaire. Les retombées du régime des pensionnats ont eu des effets à long terme pour un grand nombre d’individus, de familles et de collectivités, qui ont tous souffert des répercussions de ces événements.
L’individu
Bien qu’on doive préciser que ce ne sont pas tous les élèves des pensionnats qui ont considéré leur expérience comme étant négative, il est toutefois vrai que la majorité des survivants partagent des histoires de « solitude, de discipline sévère et d’abus ». 60
Les problèmes commençaient dès le premier jour de l’école alors que les élèves étaient arrachés à leurs parents et leur famille pour être emmenés loin de chez eux. Les enfants étaient isolés dans des pensionnats qui étaient à des centaines de milles de leur collectivité et d’où il leur était impossible de communiquer avec leurs parents pendant la durée de l’année scolaire. Dans certains cas, on gardait les enfants au pensionnat pendant toute l’année, et il s’écoulait de nombreuses années avant que ces élèves ne revoient leurs parents et familles. Pour certains, quand ils quittaient le pensionnat et retournaient chez eux, leurs parents étaient partis et ces élèves n’avaient plus de famille à proprement parler.
En plus d’être séparés de leurs parents et de leur famille, les élèves étaient coupés de leur culture, de leur langue et de leurs traditions. Leurs rituels et autres formes de spiritualité étaient interdits et remplacés par l’enseignement religieux de la confession de l’Église responsable de l’administration du pensionnat. Parce que le gouvernement croyait qu’il était essentiel que les élèves apprennent la langue utilisée par la société dominante afin qu’ils puissent prendre une part active à l’économie du pays après avoir reçu leur diplôme, l’anglais ou le français étaient les seules langues qu’il leur était permis de parler. Pour les nouveaux élèves qui ne comprenaient pas l’anglais, c’était une difficulté supplémentaire à surmonter dans l’atmosphère aliénante des pensionnats. Quand on punissait les élèves qui parlaient leur langue, il leur était impossible d’en comprendre la raison puisque la punition – tout comme la discipline – était expliquée en anglais, c'est-à-dire une langue que les élèves n’avaient jamais entendue de leur vie. « Divers châtiments étaient réservés à ceux qui n’observaient pas cette consigne, passant de la fessée au rasage de la tête. » 61
On leur rappelait continuellement qu’en tant qu’Indiens, ils étaient inférieurs culturellement, socialement et économiquement aux Blancs; on leur apprenait à avoir honte de leurs parents, de leurs ancêtres et de leur patrimoine. Par-dessus tout, les règlements de la discipline étaient strictement appliqués et les transgresseurs rapidement et sévèrement punis. Les chercheurs et les ethnographes ont documenté « des cas d’enfants qui ont été battus, enfermés à la noirceur dans des armoires, agressés sexuellement ou forcés à demeurer à genoux les bras étendus pendant de longs moments. » 62 Chaque petite infraction aux règlements était punie, les châtiments les plus sévères étant réservés aux élèves qui tentaient de s’évader.
Beaucoup de pensionnats dépendaient des revenus de leurs fermes et des stages de travail des pensionnaires pour financer leurs activités. Aussi, certains élèves devaient travailler comme journaliers et ils recevaient peu ou pas d’éducation proprement dite. Le travail que devaient faire les élèves, en plus de l’enseignement religieux et autres activités obligatoires, les empêchait de pouvoir jouer ou d’avoir des moments libres. « Il est facile de comprendre pourquoi de nombreux Survivants ont l’impression qu’on leur a volé leur enfance. » 63
En plus de tout le travail et de l’endoctrinement, l’incidence de maladies chez les enfants des pensionnats était extrêmement élevée. La tuberculose était endémique et le taux de mortalité dans certaines écoles pouvait atteindre 50 %. La solitude et la peur constantes pendant les importantes années de formation de l’enfance ne pouvaient qu’avoir des répercussions dans la vie des adultes qui ont survécu à leur séjour au pensionnat.
Bien que l’expérience de chaque enfant au pensionnat soit unique, les récits de leur séjour comportent des points communs. Les chercheurs ont relevé de nombreuses similitudes dans les réponses et symptômes des survivants et survivants des pensionnats. Les troubles de stress post-traumatique, dont les symptômes comprennent « les cauchemars, les troubles de sommeil, les pertes de connaissance, l’apathie et la dépression » 64 sont souvent mentionnés comme séquelles d’un séjour au pensionnat.
Des mécanismes d'adaptation inefficaces, comme l’abus d’alcool et de drogues, la violence conjugale et familiale et des problèmes d’estime de soi sont des comportements communs chez beaucoup de survivants et de survivantes. De plus, ces anciens élèves parlent d’agressions sexuelles et d’inceste que beaucoup d’entre eux ont subis ou fait subir. Le taux de mortalité chez les survivants et survivantes des pensionnats était aussi très élevé, avec des taux de suicide et de mortalité liés à l’alcool considérablement plus élevés que les moyennes nationales.
La famille
Pour les survivants et survivantes des pensionnats, les répercussions sur la famille ont touché les parents, les conjoints et conjointes et les enfants sur plusieurs générations. Les parents ont vu leurs enfants être arrachés de leur foyer pour, dans certains cas, ne jamais revenir. Les parents des élèves n’avaient pas le choix – ils étaient forcés d’abandonner leurs fils et leurs filles aux autorités sous peine de poursuites judiciaires ou d’amendes. Ces parents ne comprenaient pas toujours pourquoi leurs enfants leur étaient enlevés et étaient encore plus perplexes quand leurs enfants revenaient à la maison remplis de haine et de mépris envers leur famille et son mode de vie.
Les familles portaient le poids des sentiments d’aliénation des élèves, de leur honte et de leur colère sous toutes leurs formes. Il n’y avait pas de limites à la souffrance subie à la maison à cause de ces sentiments ancrés chez les élèves par leur vie au pensionnat : tous en étaient victimes.
Au pensionnat, les élèves n’apprenaient pas comment faire partie d’une famille. Ils n’apprenaient pas comment devenir parent ou aimer de façon appropriée – choses que les enfants apprenaient naturellement de leurs parents. Être retirés de leur foyer avant d’apprendre ces comportements a eu pour résultat des générations de gens qui ignoraient comment servir de père ou de mère, comment résoudre les conflits familiaux d’une façon constructive et affectueuse. Les comportements qui s’en suivirent se sont traduits par « un taux élevé de ruptures familiales et de divorces ». 64
Le manque de compétences parentales est probablement l’un des résultats les plus catastrophiques du régime des pensionnats. Les survivants et survivantes n’y ont connu que la discipline rigide, autoritaire et émotivement distante des enseignants et du personnel de garde, et c’est de cette façon que beaucoup d’anciens élèves ont élevé leur propre famille. Comme chaque personne apprend de ses parents comment être parent elle-même, les répercussions des compétences parentales inadéquates ont affecté plusieurs générations successives. Plusieurs auteurs ont souligné « comment différents modèles dysfonctionnels de comportement pouvaient être perçus chez les enfants devenus adultes d’anciens élèves, les incitant à conclure que "les modèles autochtones d’éducation des enfants ont été marqués de façon indélébile par les pensionnats à un point tel qu’ils se perpétueront pendant des générations" ». 66
La collectivité
La raison d’être du régime des pensionnats était de faire disparaître, une fois pour toutes, les cultures autochtones du paysage canadien. À cette fin, les élèves étaient enlevés à leur foyer et à leur famille et « reprogrammés » pour penser et agir à la façon des Blancs. Bien que, de toute évidence, cette tentative d’assimilation a échoué de façon lamentable, elle a eu pour la plupart des collectivités autochtones des conséquences profondes qui se répercutent jusqu’à nos jours.
Beaucoup de collectivités ont été dévastées par la perte de leur langue et de leur culture à la suite de l’enlèvement des enfants. Ceux-ci n’avaient pas encore appris tout ce qu’ils auraient dû apprendre, et quand ils revinrent dans leur collectivité, ils ne voulaient plus apprendre ni connaître leur langue, leur culture et leurs traditions. La honte qu’on leur avait appris à ressentir les empêchait de participer à tout ce qui ressemblait au mode de vie autochtone. Résultat : plusieurs dialectes et langues sont disparus de façon permanente, tout comme certains points repères culturels et des significations des rituels traditionnels.
De plus, beaucoup de collectivités sont touchées par la violence physique et sexuelle héritée des pensionnats, laquelle a un effet dévastateur sur l’ensemble de la collectivité. Malheureusement, ces problèmes sociaux ont créé des barrières nuisant à la guérison au sein des collectivités, prolongeant le malaise et empêchant la guérison communautaire.
Malgré tous ces malheurs, beaucoup de survivants et survivantes des pensionnats ont embrassé leur patrimoine autochtone comme moyen de se guérir des terribles expériences de leur enfance. Ensemble, de nombreuses collectivités ont constaté que cette résurgence culturelle est une excellente voie permettant de réunifier toute la collectivité.
Enfin, le partage des expériences vécues par les survivants et survivantes des pensionnats a permis d’établir un lien entre les collectivités et de créer des « réseaux d’allégeances et d’activistes politiques à la grandeur de la contrée indienne. Des récits relatifs au partage sont devenus le fondement d’un nouveau discours et d’un enjeu communs concernant le programme politique contemporain. » 67