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Introduction

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En 1763, le roi George III d’Angleterre signa une proclamation royale qui s’adressait aux colons de l’Amérique du Nord et qui protégeait les peuples autochtones et leurs terres ancestrales. Cette proclamation reconnaissait la souveraineté des Autochtones sur tout le territoire à l’ouest des Appalaches; elle stipulait aussi que ce territoire était réservé à l’usage des Autochtones. L’expansion coloniale sur ce territoire était strictement interdite. [TRADUCTION] « Au Canada, la proclamation royale est à la base de notre compréhension de la nature juridique du titre d’“Autochtone” et des racines historiques du processus des traités. Ses dispositions sous-tendent la cession et la désignation des terres des réserves qui ont toujours lieu en raison de l’adoption de la Loi sur les Indiens. » 1

Curieusement, l’objectif de la Proclamation royale de 1763 était de protéger les territoires autochtones et d’empêcher les colons britanniques de s’en emparer après les guerres contre les Français et les Indiens. Les Français, du côté duquel la plupart des groupes autochtones s’étaient rangés pendant la guerre, furent vaincus et n’étaient plus maîtres des terres et régions historiquement occupées par les Autochtones. Contre le gré des colons britanniques, le roi George III d’Angleterre se rangea du côté des « Indiens » et protégea leurs terres par l’entremise de la Proclamation royale.

Ce qu’il faut surtout noter, c’est que la Proclamation royale édictait de façon absolue la décision de la Couronne : personne n’avait le droit d’acheter, d’échanger ni d’acquérir d’aucune façon les terres catégoriquement désignées comme territoire indien. Seule la Couronne avait le droit de négocier avec les Indiens quant à leurs terres, qu’il s’agisse d’y apporter des changements ou de les acheter.

En outre, la Proclamation royale établissait la base du développement du Canada. Elle établissait les limites du Québec, qui était déjà fortement colonisé et florissant, mais elle accroissait les tensions et les problèmes entre les colons anglais et français en raison d’exigences précises qui contraignaient les titulaires de charge à jurer allégeance à l’Église protestante. En outre, les colons du Québec étaient eux aussi très envieux d’acquérir les terres désignées comme territoire indien. De façon générale, la Proclamation royale de 1763 ne faisait l’affaire de personne vivant hors de l’Angleterre.

Bien qu’une des intentions de la Proclamation royale fût de protéger les territoires autochtones contre la colonisation, la Révolution américaine rendait nulle la Proclamation royale sur les territoires qui constituent aujourd'hui les États-Unis. Cela créait des problèmes nouveaux et inattendus pour le gouvernement du Canada. En effet, une fois la population américaine libérée de la domination britannique, plus rien ne l’empêchait de pénétrer sur les terres désignées comme « territoire indien ». L’expansion vers l’Ouest allait prendre son essor.

Pour le gouvernement du Canada, qui allait voir le jour grâce à l’Acte de l'Amérique du Nord britannique, 1867, la diaspora des citoyens américains dans toute l’Amérique du Nord représentait aussi la possibilité d’une expansion américaine vers le Nord. Le gouvernement canadien était déterminé lui-même, tout comme les Américains, à coloniser le continent et, à cette fin, avait besoin de revendiquer l’Ouest rapidement. Pour le Canada, cela signifiait que les négociations entre la Couronne et les peuples autochtones devaient être entreprises aux termes des dispositions de la Proclamation royale, tel qu'elles existaient maintenant dans la Loi sur les Indiens.

Cette course eut pour résultat les traités négociés dans les territoires de l’Ouest, lesquels permettaient au gouvernement canadien d’accroître l’immigration et de peupler le Nord-Ouest avant que les Américains ne puissent se répandre dans cette région. Bien que ces démarches aient empêché que la majorité de ce qui est aujourd'hui l’Ouest du Canada fasse partie des États-Unis, cette situation créait de toutes nouvelles responsabilités pour le gouvernement. Les traités avaient créé un rapport fiduciaire entre les Premières nations et le gouvernement du Canada. Or, une partie de ces responsabilités touchait l’éducation des enfants autochtones.

Depuis l’époque des premiers contacts, les colons européens et les gouvernements qu’ils avaient élus à Ottawa considéraient les peuples autochtones comme des « sauvages », c'est-à-dire incultes, non civilisés et arriérés. On croyait que les cultures autochtones étaient immatures comparées à la culture européenne, et que d’attendre que ces cultures atteignent la maturité de façon naturelle aurait des effets dévastateurs sur les gens. Selon un rapport de 1886, par exemple, « l'exploitation des ressources et le peuplement avaient empêché les collectivités indiennes [TRADUCTION] de suivre l’évolution qui a permis au barbare du passé de devenir l’homme civilisé d’aujourd’hui. » 2

Le gouvernement du Canada croyait qu’il était nécessaire de faire en sorte que les peuples autochtones soient prêts à devenir des citoyens actifs dans les milieux économiques et sociaux canadiens. On croyait aussi que les modes de vie courants des Autochtones les empêchaient d’assumer ce rôle. Par conséquent, le gouvernement allait déterminer que le meilleur moyen de remédier à ce problème, c’était l’éducation. Selon le rapport de 1886 :

« L’intervention du gouvernement paraissait urgente et indispensable pour libérer ces sauvages de l’influence rétrograde d’une culture incapable de s’adapter à une évolution rapide. Sans une telle intervention, poursuivait l’inspecteur, les Indiens [TRADUCTION] "auraient échoué et péri lamentablement, entraînant dépenses et déshonneur pour le pays". Cette intervention destinée à [TRADUCTION] "imprimer un changement dans les conditions d’existence des Indiens" était ciblée – [TRADUCTION] "c'est auprès des jeunes que nous devons intervenir pour opérer un changement radical" ». 3

 

Ainsi commençait un sombre chapitre de l’histoire des Autochtones du Canada, celui du « régime des pensionnats ».