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Chapitre 5 - Revitalisation

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Les composantes clés permettant d’aborder l’héritage des pensionnats sont au nombre de quatre : l’admission, le rétablissement, la réconciliation et la guérison. Afin d’aborder les séquelles consécutives à la violence et aux mauvais traitements subis dans les pensionnats, on doit admettre ces traumatismes et on doit rectifier cette situation. En faisant cela, une relation de dignité et de respect mutuel entre les survivants et survivantes et le Canada peut être rétablie et permettre la réconciliation. Cependant, rien de tout cela ne peut être réalisé sans la quatrième composante : la guérison.

Aujourd'hui, nous examinons un système dont l’objectif était d’effacer la culture autochtone de l’Histoire, et nous regardons vers l’avenir, vers la réconciliation, un retour à la relation de respect mutuel qui faisait partie des traités historiques entre les peuples autochtones et le Canada. 52

La Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA) a désigné l’admission et la résolution des problèmes liés aux pensionnats comme des composantes clés pour rétablir une relation de confiance mutuelle et de respect entre les peuples.

 [TRADUCTION] Nous croyons fermement que le moment est venu de régler  une contradiction fondamentale au cœur du Canada : alors que nous assumons le rôle de défenseur des droits de la personne au sein de la collectivité internationale,  nous conservons, dans notre conception des origines et de la constitution du Canada, les restes d'attitudes coloniales de supériorité culturelle qui font violence aux peuples autochtones qui en sont la cible. 53

S’adressant au Comité permanent des affaires autochtones et du développement du Grand Nord dans le cadre de la proposition de l’Assemblée des Premières Nations d’indemniser les survivants et survivantes des pensionnats, le chef national Phil Fontaine a réitéré les thèmes des droits de la personne et de la réparation de la façon suivante :

[TRADUCTION] Notre modèle sera un modèle dont le Canada et les Canadiens et Canadiennes pourront être fiers. Il mettra en valeur la réputation du Canada en tant que chef de file mondial en droits de la personne tout en rehaussant le statut et le respect des premiers peuples au pays et à l'étranger. Ce modèle établira aussi une norme internationale et une méthodologie pour traiter des violations à grande échelle des droits de la personne. Enfin, il nous permettra de laisser dernière nous, de façon honorable, l’expérience la plus honteuse, la plus nocive et la plus raciste de notre histoire. 54

Le chef Fontaine, lui-même un survivant des sévices des pensionnats, lors d’une assemblée extraordinaire en 2004, abordait la question de la réparation avec l’appui unanime des chefs des Premières nations. Sa passion indéfectible envers la réparation n’est pas alimentée que par son expérience personnelle. Elle exprime aussi le sentiment d’innombrables Autochtones qui perçoivent les violences faites aux enfants dans les pensionnats comme symboliques de la discrimination dont ils ont eux-mêmes fait l'expérience et dont ils continuent d’être la cible. Dans ce contexte, l’objectif de la guérison des traumatismes attribuables aux pensionnats prend des proportions mythiques et devient un véhicule pour rétablir les liens entre les nations. 55

Le Canada et les Églises ont exprimé leurs regrets aux survivants et survivantes – regrets quant au rôle qu’ils ont joué dans l’administration du régime des pensionnats. Il est important de reconnaître que beaucoup de progrès a été fait grâce à des efforts continuels pendant plus de dix ans. Ce progrès résulte d’un travail acharné, d’un dévouement et d’un engagement à changer la dynamique qui a envenimé les relations entre le Canada et les peuples autochtones. C’est avec espoir que nous espérons pouvoir considérer cette époque comme un autre jalon sur la voie de la paix, de la réconciliation et des relations équitables.

Le gouvernement du Canada a créé la Fondation autochtone de guérison et le Paiement d'expérience commune (PEC), aux termes de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, afin d’entamer le processus permettant d’aborder l’héritage destructeur et plus que centenaire du régime des pensionnats autochtones dont les séquelles comprennent la violence latérale, le suicide, la pauvreté, l’alcoolisme, l’absence de compétences parentales, l’affaiblissement ou la destruction des cultures et des langues, et l’incapacité de fonder et de maintenir des familles et des collectivités saines.56 

Le Paiement d'expérience commune offre une indemnité directe à tous les anciens élèves des pensionnats autochtones. Essentiellement, ses motifs sont d’éviter des décennies de confrontation juridique et d’offrir un règlement à l’amiable symbolique et en temps opportun. Cependant, cette indemnité ne peut jamais effacer la douleur et aux souffrances des victimes de la violence des pensionnats.

L’accord de principe établissait une approche globale qui comprenait : un paiement forfaitaire pour tous les survivants et survivantes; un processus plus efficace et efficient pour traiter les allégations de violence grave; une commission nationale d’établissement de la vérité afin de faire la lumière sur cette question grâce à une compréhension et une sensibilisation accrues; des indemnités accélérées pour les personnes âgées; et enfin, la guérison et la commémoration.57

La réalisation que leur séjour dans les pensionnats a laissé des séquelles à long terme chez les enfants autochtones s’est imprégnée lentement dans la conscience des Canadiens et des Canadiennes. Dans bien des cas, les Autochtones eux-mêmes ignoraient la connexion entre les privations, l’humiliation et la violence dont ils ont souffert dans les pensionnats et les défis consécutifs qui minaient leur bien-être physique, social, psychologique et spirituel. Les survivants et survivantes des pensionnats parlent souvent du long chemin qu’ils ont parcouru, des difficultés à surmonter et des liens d’amitié qui leur permettent de rester sur la voie de la guérison.

La guérison a divers sens selon les personnes, les organismes et les collectivités consultés. Les Aînés et les dirigeants du mouvement de guérison autochtone considèrent ce cheminement comme la restauration de l’équilibre physique, mental, social, psychologique et spirituel chez les individus, dans les familles, les collectivités et les nations qui ont souffert de violences répétées à l’endroit de leur bien-être pendant des générations.59

On nomme souvent « briser le silence » le fait de discuter de la violence subie dans les pensionnats. La conscientisation de l’héritage des pensionnats est un catalyseur de guérison. Éduquer les survivants et survivantes, les survivants et survivantes intergénérationnels, la jeunesse, les non-Autochtones et les fournisseurs de services sociaux et de santé quant à cet héritage permet d’établir le contact avec les survivants et survivantes et de créer une atmosphère de confiance et de soutien où ils peuvent recouvrer leur bien-être. Entreprendre le cheminement vers la guérison est un acte de courage et de responsabilisation, une réclamation légitime de sa culture et de son équilibre.6o

Certaines collectivités ont reconnu la souffrance et la résilience des survivants et survivantes et ont augmenté la sensibilisation des autres à cet égard en organisant des fêtes culturelles comme des festins ou des rituels pour les honorer. On a aussi utilisé des émissions radio en langue autochtone, des représentations théâtrales et des films pour promouvoir la compréhension. Dans un tel climat de confiance, les survivants et survivants sont en mesure de permettre de remonter à la surface les douloureux services, et les sentiments qui leur sont associés et qu’ils avaient refoulés.

Retrouver une identité forte et un mode de vie sain, perturbés au cours de l’enfance, est un processus à long terme. Les personnes, les familles et les collectivités constatent les effets thérapeutiques de cette guérison. Embrasser l’identité autochtone – que ce soit en apprenant ou en parlant une langue autochtone, en récoltant ou en mangeant des aliments traditionnels, ou en visitant des lieux sacrés – s’est avéré efficace dans le processus de guérison de beaucoup de survivants et survivantes. Participer à des activités comme des cercles de guérison et des sueries permet aux survivants et survivantes de rechercher activement leur propre bien-être.62

Quand les survivants et survivantes recouvrent leur bien-être personnel, ils développent souvent la capacité de rendre la pareille à la collectivité et d’appuyer les autres sur la voie de la guérison. Les survivants et survivantes peuvent devenir des modèles de comportement qui guident les autres lors de leur cheminement vers la guérison. Les collectivités ont alors accès à une expertise de premier plan et à des solutions fondées sur une perspective autochtone du monde.

La guérison génère aussi des dividendes économiques concrets. On en découvre un brillant exemple dans le rapport intitulé Analyse de rentabilité du processus holistique de guérison de la Première nation de Hollow Water, cofinancé par la Fondation autochtone de guérison et le ministère du Solliciteur général du Canada en 2001.

Au Manitoba, la Première nation Hollow Water est une petite collectivité anishinabe qui a été durement touchée par l’héritage des pensionnats. Au milieu des années 1980, Hollow Water a mis en place le Processus holistique de guérison afin de régler le problème des délinquants sexuels dans la collectivité. Ce processus était devenu une option pouvant remplacer l’incarcération pour les délinquants qui avouaient leur crime et décidaient de participer volontairement au processus en treize étapes. Pendant dix ans, selon le rapport, on a traité par l’entremise de ce processus 107 délinquants et de 400 à 500 victimes, surtout d’agressions sexuelles.

Des comptes-rendus sur d’autres projets de guérison mis en place dans d’autres collectivités et financés par la Fondation autochtone de guérison illustrent bien les changements restaurateurs qui ont lieu chez les individus, dans les familles et les collectivités.

Après avoir participé à une cérémonie du détachement (letting go) dans un camp de guérison en Colombie-Britannique, un Aîné a déclaré que, pour la première fois depuis qu’il était revenu du pensionnat, il a pu s’endormir les lumières éteintes.63 Lors d’un programme thérapeutique d’art urbain en Ontario, les parents et les enfants ont décrit les retombées positives sur leur vie de famille après avoir appris à vraiment s’écouter les uns les autres.

Une équipe de projet travaillant à un programme de guérison en résidence, au Canada atlantique, a noté un changement remarquable dans le comportement de certaines femmes; plus précisément, la colère et l’agression étaient remplacées par une attitude maternelle envers d’autres participantes. Une augmentation du bénévolat dans une petite collectivité porte les gens à croire que les choses s’améliorent. Dans une autre collectivité, les jeunes approchent les Aînés pour leur poser des questions sur la vie d’autrefois.

La guérison des séquelles des pensionnats apporte un élan à l’intérêt renouvelé pour les cultures traditionnelles partout au pays. Les parents et les grands-parents commencent à parler, parfois pour la première fois, de leurs expériences dans les pensionnats.

 

En 2008, la plupart des confessions religieuses responsables de l’administration des pensionnats autochtones au Canada avaient présenté des excuses publiques pour le rôle qu’elles avaient joué dans la négligence, les mauvais traitements et la souffrance des enfants dont elles avaient la charge. La plupart de ces organisations se sont excusées par l’entremise des leur siège social, sauf pour l’Église catholique, qui a laissé les divers diocèses se charger de faire leurs excuses.

En juin 2008, le gouvernement fédéral du Canada a aussi présenté ses excuses pour le rôle historique qu'il avait joué dans le régime des pensionnats. 64 En prononçant les mots  « Nous le regrettons. », le premier ministre Stephen Harper reconnaissait le rôle du gouvernement canadien dans un processus de cent ans qui avait isolé les enfants de leurs foyers, de leurs familles et de leurs cultures.

Le premier ministre Harper a déclaré que les pensionnats représentaient un sombre chapitre dans l’histoire du Canada et que les politiques qui soutenaient et protégeaient ce système étaient néfastes et injustes.

Afin de rendre les excuses les plus publiques possible, le Parlement a interrompu ses débats et les galeries étaient remplies de survivants et de survivantes. De nombreuses autres personnes écoutaient à l’extérieur des Édifices du Parlement et partout au pays grâce à une diffusion télévisée en direct. Les chefs autochtones sont entrés dans la Chambre des communes en compagnie du premier ministre et se sont assis pour écouter son discours dans lequel il assumait, au nom du gouvernement fédéral, l’entière responsabilité de la perte culturelle et de l'abus systématique qui ont résulté des politiques sur les pensionnats.

Après que le premier ministre Harper a pris la parole, les chefs des autres partis politiques ont répondu, puis des chefs autochtones ont pris la parole. Le grand chef de l’Assemblée des Premières nations, Phil Fontaine a parlé de l'importante de l’égalité entre les groupes raciaux et de rétablir une relation de confiance mutuelle et de respect entre les peuples. [TRADUCTION] « De braves survivants et survivantes, en parlant de leur vécu, ont enlevé à la suprématie blanche sa légitimité », a déclaré le grand chef. « Jamais plus cette Chambre nous traitera de "problème indien" tout simplement parce que nous sommes qui nous sommes. Ce qui s'est passé ici aujourd'hui marque le début d’une nouvelle relation entre nous et le reste du Canada. … Nous faisons tous partie du même tissu du destin. Les liens qui nous lient les uns aux autres sont plus forts que ceux qui nous séparent. Nous devrons toujours lutter, mais dorénavant, nous le ferons ensemble. » 65

Pour les milliers de survivants et de survivantes qui regardaient et écoutaient partout au Canada, les excuses du gouvernement étaient un événement historique, même si les réactions n'étaient pas toutes positives. La plupart sont d'avis qui reste encore beaucoup de travail à faire.