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Chapitre 4: La vie scolaire et les récits des Survivants
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v Jeunes filles autochtones suivant un cours de couture, 1960 Photographe : soeur Liliane Bibliothèque et Archives Canada / PA-195125
...des travailleuses domestiques...
Les filles indiennes qui fréquentaient l'école All Hallows School entre 1884 et 1920 devaient consacrer une demie journée aux tâches domestiques alors que les autres filles en étaient dispensées. Les petites Indiennes devaient généralement suivre le rythme et les filles plus âgées commencèrent à enseigner aux plus jeunes tout en travaillant. Separate & Unequal: Indian & White Girls at All Hallows School, 1884-1920 par Jean Barman, tiré de Indian Education in Canada: Volume 1 - The Legacy. Jean Barman, Y. Hubert, D. McCaskill (1986)
Le type d'établissement scolaire que fréquentaient les enfants autochtones dépendait du temps et de l'endroit où ils vivaient. Avant le régime des pensionnats, des écoles industrielles existaient sur les réserves et hors réserves. La majorité des enfants y résidaient. Il existe peu de récits de la part de survivants et de survivantes de cette époque, mais il semble que ceux-ci aient eu une expérience scolaire positive et que plus tard, ils aient réussi leur vie en pratiquant leur métier. L'instruction religieuse était importante dans ces écoles, mais on y enseignait aussi l'agriculture et des métiers de toutes sortes que leurs « diplômés » pouvaient, dans la mesure du possible, devenir des membres productifs de la société canadienne, étant donné le racisme de l'époque. On avait commencé par leur enseigner la charpenterie, l'ouvrage de forge, l'imprimerie, l'élevage du bétail et d'autres métiers...
Cependant, la qualité de l'enseignement se dégrada avec le temps, faisant en sorte que les autochtones n'étaient plus concurrentiels dans ces métiers et ne pourraient sortir de la dernière couche socioéconomique, celle des ouvriers agricoles (au lieu d'agriculteurs) et des manoeuvres (au lieu de travailleurs de métier). Les jeunes femmes devenaient des travailleuses domestiques >. Le tribut de l'époque des écoles industrielles était élevé pour les survivants et survivantes : l'abandon de leur identité culturelle et plus tard, hors de la réserve, la perte de leur statut d'Indien.
Des décennies plus tard, un autre système scolaire était mis sur pied. Les écoles étaient situées à l'extérieur des réserves et les enfants y vivaient pendant l'année scolaire, et dans certains cas, toute l'année. Mais il ne s'agissait pas d'une amélioration par rapport au modèle des écoles industrielles et les premières années de l'époque des pensionnats indiens sont marquées par les mauvais traitements et le manque de soins.
Encore une fois, un financement inadéquat était à la source de bien des problèmes. En 1892, le gouvernement avait établi une formule de financement par élàve pour tenter de contrôler les frais d'exploitation des écoles. Selon cette formule, les paiements étaient établis selon les besoins des écoles en particulier. Mais l'essor rapide de nouvelles écoles, jumelé à la concurrence entre les groupes religieux pour le financement, avait rapidement fait en sorte qu'il soit impossible que la formule puisse fonctionner adéquatement. Les administrateurs se faisaient la concurrence pour attirer un plus grand nombre d'élèves, n'importe la piètre condition des bâtiments scolaires...
Et au fur et à mesure que le financement diminuait, tout le monde dans les pensionnats souffrait. Il était devenu presque impossible d'embaucher du personnel enseignant compétent. La pauvreté ignoble des écoles rendait impossibles les conditions de travail. Les membres du personnel travaillaient de longues heures pour un maigre salaire dans des milieux insalubres et surpeuplés. Nombre d'entre eux passaient leurs frustrations sur les enfants.
Les élèves autochtones et le personnel rassemblés à l'extérieur du pensionnat indien de Kamloops (Colombie-Britannique), 1934 Archives Deschâtelets
Quant aux enfants eux-mêmes, ils étaient extrêmement vulnérables. Physiquement et psychologiquement amoindris par l'alimentation, l'habillement et l'abri inadéquats que leur fournissait le pensionnat, ils étaient une proie facile pour les vagues constantes de grippes et de tuberculose qui s'y déclaraient. On les faisait exposer à la violence extrême et humiliante parmi lesquelles les agressions sexuelles étaient monnaie courante. En faite, le manque de surveillance jumelé aux faibles qualifications nécessaires pour travailler aux pensionnats attirait des personnes inaptes à travailler auprès d'enfants ainsi que, bien malheureusement, des prédateurs sexuels.
Les enfants autochtones séparés de leurs parents, de leurs grands-parents et de leur famille élargie - dont leurs frères et soeurs, dont certains fréquentait le même pensionnat - souffraient de très grande solitude, d'un vide spirituel et avaient un sentiment d'abandon de la part de leur famille, situation qui était aggravée par la nécessité d'apprendre une autre langue et le stress de vivre dans un milieu non sécuritaire.
Les séquelles des mauvais traitements étaient profondes. Certains enfants mouraient des coups qu'ils avaient reçus. D'autres, en proie au désespoir, s'enlevaient la vie. Et d'autres encore mouraient dans avoir revu leurs parents. Telles étaient les « bonnes conditions de vie » que les dirigeants disaient exister dans les pensionnats.
Tel était le milieu qui allait devenir le foyer de générations d'enfants autochtones. Beaucoup arrivaient dès l'âge de quatre ou cinq ans et ils y restaient pendant des années. Certains ne s'en retournaient jamais au foyer familial et dans leur communauté en visite ou en vacances* >. Les enfants pesaient le pour et le contre de s'évader ou de rester à l'école. Beaucoup d'entre eux décidaient que le risque en valait la chandelle...
Si certains réussissaient, la plupart étaient habituellement capturés par la police, qui les ramenait au pensionnat. Pour d'autres, une tentative d'évasion se terminait par la mort.
...Certains ne s'en retournaient jamais au foyer familial et dans leur communauté en visite ou en vacances...
Certains élèves pouvaient s'en retourner pendant les mois d'été seulement. Mais tant les églises que le gouvernement n'encourageaient habituellement pas les élèves à le faire parce que l'objectif des pensionnats était de les enlever de l'influence de leurs « païens » de parents. Les enfants à qui on permettait de s'en retourner à la maison avaient peut-être des parents que le clergé jugeait comme étant « un tant soit peu civilisés ». On jugeait que les autres parents n'étaient pas assez « dignes » de ce privilège. Certains de ces parents campaient à l'extérieur du pensionnat juste pour apercevoir leurs enfants. (Constance Deiter) 1999
De nombreux survivants et survivantes se souviennent d'être restés éveillés la nuit, écoutant les pleurs des enfants plus jeunes.