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Tableau noir
Chapitre 7: Des enfants brisés
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Tous les enfants qui sont passés par les pensionnats indiens ont une chose en commun : la grande solitude qu'ils y ont vécue. Physiquement isolés de leur foyer familial, les enfants étaient encore plus isolés quand on divisait les filles et les garçons en deux camps. Ils perdaient ainsi leurs frères ou leurs soeurs, leurs cousins ou leurs cousines. Les enfants perdaient aussi contact avec leur culture alors qu'on leur interdisait de parler leur langue maternelle. Leur famille et faire partie d'une communauté chaleureuse leur manquaient horriblement. Des milliers d'enfants autochtones sont morts alors qu'ils étaient sous la garde du pensionnat, emportés par la mauvaise alimentation, la maladie, l'exposition à des conditions climatiques extrêmes, les mauvais traitements et le suicide.
^Bébé George était un orphelin que l'évêque Bompas avait amené au pensionnat indien de Carcross. Il est mort de la tuberculose à l'hôpital de Whitehorse et a été enterré près du chemin Dawson, à environ un mille de la ville. Date inconnue.
Archives du Yukon, Église Anglicane, Diocèse du Yukon, 86/61 # 590
Enfants brisés
Les pleines répercussions du dysfonctionnement, voire de la dévastation, causées par le régime des pensionnats ne tardèrent pas à se faire ressentir dans les collectivités autochtones. Des générations de survivants et de survivantes avaient été élevées à partir d'un âge aussi précoce que quatre ou cinq ans au sein d'une « famille » de dirigeants gouvernementaux et religieux et de personnel scolaire. Bien loin d'être des parents modèles, ces enseignants et enseignantes et administrateurs scolaires faisaient appel à de dures méthodes disciplinaires et n'encourageaient ni ne montraient d'affection. Le régime des pensionnats a privé les enfants autochtones de leurs traditions et d'un foyer sécuritaire et chaleureux dans lequel ils étaient aimés et valorisés. Ce type de régime a produit des générations de personnes n'ayant pas d'aptitudes interpersonnelles et la capacité d'établir des rapports avec autrui, essentielles à tout être humain. De nombreux survivants et survivantes n'avaient pas les habiletés nécessaires pour devenir des conjoints et conjointes et des parents capables d'aimer et avaient de la difficulté à exprimer l'amour pour leurs enfants. Beaucoup ne savaient pas comment aborder les conflits de façon constructive. Quand ces survivants et survivantes devinrent conjoints, conjointes et parents, ils n'interagissaient pas toujours avec les autres de façon appropriée. Les mauvais traitements et la négligence dont ils et elles avaient souffert au pensionnat remontaient souvent à la surface et les victimes d'agressions devinrent les agresseurs. Ceci permit au cycle de violence de se perpétuer au sein des familles et a créé une génération des « grand brûlés de larmes » dont beaucoup fréquenteraient, à leur tour, le pensionnat.
Alors que les parents s'efforçaient de vivre avec le traumatisme de leurs propres expériences au pensionnat, ils étaient incapables de prévenir les mêmes mauvais traitements qui seraient infligés à leurs propres enfants lorsque viendrait le temps pour eux de s'en aller au pensionnat.
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Grant Severight, Survivant
Pensionnat indien St. Philip's, Kamsack, Saskatchewan
« C'est mes grands-parents qui m'ont élevé (et) je les adorais. J'aurais préféré rester dans le bois avec eux plutôt que d'aller au pensionnat. Je me souviens qu'ils me manquaient et je me souviens de la dislocation que je ressentais, la déconnexion de ma famille. Au fil des ans toute cette dislocation et déconnexion a bâti des murs en moi, que ça m'a pris des années à démolir. Le sentiment d'infériorité que j'avais ---
On était heureux sur la réserve mais quand on sortait du périmàtre on voyait tous ces fermiers blancs qui étaient riches et prospères. Même tout jeune je me demandais pourquoi. Pourquoi est-ce que nous, on n'a rien et pourquoi est-ce que je me sens différemment quand je vais en ville avec mes grands-parents? On ne nous traitait pas avec dignité. On était plus ou moins juste tolérés par les marchants en ville.
Ça m'a fait une impression durable, ce sentiment de ne pas être égal. J'ai probablement traîné ça dans toutes mes relations plus tard. Ça me mettait en colère. Je ressentais vraiment l'injustice. Mais dans ce temps-là, je n'avais vraiment rien à y comparer. Je pensais juste que c'était comme ça pour nous autres.
On n'a plus les liens familiaux serrés qu'on avait avant. Beaucoup des grands-parents et beaucoup des parents qui sont allés au pensionnat ont perdu ce sentiment d'appartenance familiale. Après avoir grandi comme ça, on cherche toujours à émuler ceux qui nous ont élevés. Si vous avez été élevé avec froideur et détachement, vous allez perpétuer ces mêmes façons d'élever vos propres enfants dans une atmosphère semblable.
Je connais des hommes qui croient vraiment qu'ils doivent briser l'esprit de leurs enfants, les discipliner et les contrôler. Je les entends dire, « brise leur esprit, brise leur esprit, ne leur cède pas. » C'est exactement ça qui leur est arrivé. Et la conséquence de tout ça c'est des hommes qui ne savent pas comment ressentir, ou ne savent pas comment démontrer leurs sentiments. Il n'y a plus d'affection dans l'éducation des enfants. »
Grant Severight, Survivant
Pensionnat indien St. Philip's, Kamsack, Saskatchewan
