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Tableau noir
Chapitre 6: Une éducation douteuse
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Qu'est-ce qu'on enseignait dans les salles de classe?
« Looking Unto Jesus » Cours d'écriture à l'école industrielle indienne de Red Deer (Alberta), v. 1914 ou 1919. Église unie du Canada, Archives, 93.049P/850N

Selon une étude effectuée par le ministère des Affaires indiennes, jusqu'en 1950, plus de 40 pour cent du personnel enseignant n'avait aucune formation professionnelle. Jusqu'au début des années 1950, les élèves des pensionnats passaient, au plus, la moitié de la journée scolaire à l'étude de sujets scolaires et le reste de la journée à faire des travaux manuels et à recevoir de l'instruction religieuse (Persson, 1986). En théorie, les études académiques étaient offertes jusqu'à la neuvième année, mais peu d'élèves atteignaient ce niveau. Au lieu, on leur donnait une formation axée sur le travail manuel dont l'élevage de bétail, les tâches ménagères ou les travaux non qualifiés. Puisque de nombreux pensionnats souffraient de sous-financement chronique, les élèves se trouvaient rapidement à mettre ces aptitudes en pratique de sorte qu'ils les subventionnaient. Par exemple, les élèves faisaient pousser des légumes qu'ils vendaient aux marchés locaux. Ou on faisait embaucher les garçons comme manoeuvres et on faisait passer ce travail rémunéré comme des« sorties » ou des programmes d'« apprentissage ». Quant aux filles, on les envoyait travailler dans les maisons privées.
Shirley Williams, qui a fréquenté le pensionnat St. Joseph's de Spanish River (Ontario) se souvient :
« À l'école, on apprenait de nombreuses matières comme l'anglais, les sciences, les mathématiques, l'écriture et les sciences familiales. Les sciences familiales consistaient à tricoter, à cuisiner et à coudre. [...] Chaque mois, on nous donnait une nouvelle tâche. On appelait cela des « boulots » et chaque mois, on changeait de boulots à l'école. On avait des « boulots professionnels » comme balayer les planchers dans les dortoirs, la salle de récréation et le réfectoire. Les grandes salles, les marches et la salle à manger des soeurs faisaient aussi partie de notre boulot, qui incluait aussi nettoyer les toilettes. Les boulots les plus pénibles, c'était la lessive, la laiterie et la cuisine. De nombreuses fois l'après-midi, on nous sortait de classe pour aller travailler ».

Enfants autochtones dans un jardin à l'école de la mission anglicane Lac la Ronge (Saskatchewan), août 1909. Le jardinage faisait partie de la formation des élèves. Bibliothèque et Archives Canada, PA-045174
Il est faux de croire que les enfants autochtones arrivaient au pensionnat non éduqués. Ils avaient reçu une éducation de leurs parents et des Aînés qui leur permettaient de vivre et de prospérer dans leurs cultures autochtones.
Les enfants autochtones commençaient traditionnellement leur éducation dès la naissance, alors qu'ils apprenaient à devenir des membres de leur communauté. Les traditions et les cérémonies jouaient un rôle important dans le développement des aspects physiques, mentaux, affectifs et spirituels de leur identité. Au contraire du modèle européen fondé sur la punition corporelle, l'éducation autochtone favorise l'orientation et le mentorat, une approche qui respecte l'intégrité et l'inviolabilité de l'enfant. Les fondements de cette éducation - regarder, écouter et apprendre - mettaient l'emphase sur l'apprentissage par l'expérience. Par l'entremise des histoires qu'on leur racontait, les enfants recevaient des messages d'avertissement destinés à contrôler les mauvais comportements. Les enfants autochtones se seraient sentis violentés par les méthodes dures et la structure rigide des pensionnats.